FRANCE: Tous aux abris, Pailhasses de sortie !

Cournonterral, au cœur du Languedoc, un après-midi…

Les derniers habitants rentrent chez eux, le pas pressé. Les portes claquent, les volets se murent, les façades se bâchent, sous le regard perplexe de quelques curieux incrédules venus braver la légende médiévale.

La consigne est pourtant claire: aucun spectateur n’est admis de 15h à 18h dans le centre du village. Toute personne présente est considérée comme faisant partie de la fête et l’est « à ses risques et périls »

Il est 15h, roulement de tambour, Pailhasses et Blancs sont fin prêt à en découdre. Comme leurs ancêtres. Une tradition séculaire et intimiste dont les origines remontent à 1346, lorsqu’un conflit éclata entre les habitants de Cournonterral et leurs voisins d’Aumelas.

  

Au 14ème siècle, les Aumelassiens considéraient le chêne vert comme leur seule source de revenu. Aussi, le jour où les Cournonterralais décidèrent d’aller couper du bois dans les forêts seigneuriales environnantes, ils furent accueillis à coups de frondes et de flèches par les habitants d’Aumelas. L’attaque se solda par plusieurs blessés. Le Seigneur, ayant eu vent du conflit, ordonna au chef cournonterralais, Pailhas, de cesser les hostilités. Depuis lors, chaque Mercredi des Cendres honore sa mémoire.

Sur la Grand-Place du village, les Pailhasses, représentant Cournonterral, et les Blancs, incarnant Aumelas, se jaugent sous la forme d’une grande ronde. Dans un silence annonciateur, des comportes de lie de vin sont déversées sur la place tandis que les Blancs, en tenue vestimentaire immaculée, prennent la fuite à travers les rues du village. 

Les Pailhasses se jettent alors à terre, imbibant leur toile de jute rembourrée de paille. Ainsi dégoulinant de nectar pourpre, peilles de lie au poing (sorte de serpillère),  ils partent pour 3 heures de poursuite aux basques des Blancs à travers Cournonterral.

Seule autorité du village jusque 18h, les Pailhasses marqueront les Blancs des stigmates viticoles, certains allant jusqu’à les plonger dans des baignoires ou des bennes remplies de lie de vin. Nul ne sera épargné du carnage écarlate, y compris les « Sales », ces touristes égarés et ces téméraires qui apprendront, à leurs dépens, que la curiosité est un vilain défaut.

Au terme de ce huis-clos endiablé,  Pailhasses et Blancs se rejoindront pour une ultime ronde commune. Le village reprendra ses droits et la soirée s’illuminera de la crémation des pépettes, deux grands mannequins à l’effigie des Paillhasses et Blancs, au sein d’une farandole assourdissante.

Le carnaval de Cournonterral est terminé. A l’an que ven !

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