BELGIQUE: « Il n’y a qu’un Binche au monde »

Il n’y a qu’un Binche au monde... A aucun moment, la maxime ne se trahira. Plus qu’une tradition, plus qu’une passion, être Gille est une raison de vivre et le Carnaval pour certains, celle de toute une vie.

3 heures du matin. Une chape nocturne règne sur la petite ville de Binche. Lentement, des milliers d’âmes s’extirpent du royaume de Morphée. Dans la plus profonde intimité des chaumières hennuyères, le jour s’éveille autour du roi de la fête. En famille, le Gille se prépare. Avec émotion. Celle des grands jours on l’on croise les doigts que tout se déroule comme prévu depuis des semaines, des mois.

Sur les chaises du salon, costume, apertintaille, pèlerine, barrette et mouchoir de cou patientent méticuleusement. Tandis qu’au-dessus du buffet, trône le majestueux chapeau de plumes d’autruche, accompagné de son masque et son ramon. Tel un acteur de théâtre dans sa loge, le Gille à nu ne souffre aucune curiosité et enfile dans une religieuse intimité sa blouse et son pantalon de jute orné de 150 motifs.

© Fany Touitou

© Fany Touitou

  

© Fany Touitou

© Fany Touitou

Loin des regards indiscrets, des flashs et des cartes accréditées, le bourreur, à peine arrivé, se met à l’ouvrage. Artisan d’une aube annuelle et séculaire, il farcit de paille le Gille, lui sculpte deux bosses, à l’avant, à l’arrière, et l’orne de tous ses attributs.

C’est alors que la nuit noire tend à s’iriser, au son d’une douce mélodie de fifre. Chaque Société procède au ramassage de ses Gilles, de maison en maison. Aubade et champagne, de concert, rythment l’accueil du cortège grossissant. Le rassemblement terminé, la tradition les conduit alors à un petit-déjeuner aux huîtres et… champagne !

© Fany Touitou

© Fany Touitou

A 8h30, la procession carnavalesque se met en route. Un millier de moustachus de cire, aux petites lunettes vertes, déambulent à travers les artères binchoises, en direction de l’Hôtel de Ville où les jubilaires sont alors médaillés pour leur participation.

© Fany Touitou

© Fany Touitou

Et déjà, la journée est au zénith. Chaque Gille rentre chez lui pour déjeuner en famille et se reposer avant l’ultime apothéose. Le moment tant attendu, celui où le Gille, dans toute sa magnificence, arpentera les rues, arborant fièrement son auguste coiffe à plumes nacrées ainsi que son panier plein d’agrumes de vin.

Binche - Mardi gras 74

© Fany Touitou

© Fany Touitou

© Fany Touitou

Au son des tambours, le cortège se reforme. L’après-midi bat son plein quant une marée humaine, aux accents volatiles et bigarrés, se déverse depuis le carrefour Battignies vers la Grand-Place de Binche, sous les regards subjugués d’une foule en liesse, bombardée d’oranges sanguines. Un millier de Gilles, scandant la musique de leurs sabots et battant la mesure de leur ramon, affluent pour le rondeau final.

© Fany Touitou

A la tombée de la nuit, le cortège vespéral reprendra les mêmes artères, le panier vide et la précieuse coiffe en moins, pour se muer cette fois en armée des ombres aux lueurs des feux de Bengale. Au rythme éternel des tamboureurs, un flamboyant « Plus Oultre », la devise de Charles Quint signifiant « Toujours plus loin » illuminera la nuit binchoise pour clore ses trois jours de liesse carnavalesques.

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