mai 2008


Chaque année, à partir du 15 mai, la paisible petite commune de Cluny située en Saône-et-Loire s’accorde l’appellation non contrôlée de ”Terroir de la honte”. Durant plusieurs jours, des centaines de ”chasseurs” afflueront afin de s’adonner au célèbre et défoulant déterrage de blaireau. 

Pour les néophytes, le jeu consiste, comme son nom l’indique, à déterrer des blaireaux. La technique est simple: on obture préalablement toutes les issues du terrier et on y introduit, généralement un à un, de magnifiques chiens de chasse aux dentitions impeccables afin d’acculer l’animal au fond de son terrier. Une fois que c’est fait, les “chasseurs” creusent alors le sol avec des pelles ou des pioches pour ensuite extirper le blaireau à l’aide de grandes pinces métalliques.

  

Au bout de ces quelques heures de combat difficile et acharné, le féroce animal est enfin abattu à l’arme blanche, à feu, avec une dague de vénerie, voire un pieu. Parfois, dans un élan d’”humanité” soudain, il est relâché… blessé par les chiens. Ceux-là ne pourront donc plus “concurrencer les chasseurs sur le gibier mangeable” ni détruire les récoltes, but avoué des festivités.

Aujourd’hui, ainsi que demain et après demain, Cluny organise le Championnat du déterrage de blaireau pour récompenser les plus valeureux chasseurs de cette lutte sans merci contre la prédation et la destruction de l’écosystème. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de vous présenter ce véritable festival de l’horreur qui n’a rien à envier à certaines autres pratiques d’abattage par nos voisins asiatiques et qui pourtant nous ont tant insurgés!

Pour ceux qui se sentent concernés et honteux par de telles pratiques… chez nous, dans nos campagnes: http://www.abolition-deterrage.com/petition_deterrage.htm. Ames sensibles, s’abstenir sur la vidéo… insupportable!

Marre d’être célibataire? Rendez-vous au plus vite à l’agence et réservez le premier billet pour La Paz ou l’aéroport de Sucre, en Bolivie. De là, prenez les bus locaux jusqu’au coeur de l’Altiplano et venez assister aux festivals Tinku, célébrés chaque année au début du mois de mai. Le voyage sera un peu rude, certes, mais on a rien sans rien, paraît-il… Ah, dernier petit conseil: âmes sensibles s’abstenir!

Mais ne vous méprenez pas. Le Tinku est avant tout célébré en l’honneur de la Pachamama, la déesse de la Terre. Dès le premier jour, mettez-vous dans l’ambiance et faites comme tous les villageois: enivrez-vous de bière, de chicha (alcool de maïs) et puis, tant que vous y êtes, de Puro, un alcool à 90°. Surtout, ne lésinez pas, vous en aurez bien besoin pour admirer le spectacle.

Le premier jour, les villageois défilent dans les rues, vêtus de magnifiques costumes traditionnels.

L’alcool fait déjà son effet? Parfait. Mêlez-vous alors aux rondes que forment les hommes autour des femmes. Tandis que celles-ci chantent des mélodies aux tonalités très aigües, les hommes scandent les rythmes en tapant du pied. Car le Tinku, en langue quechua, signifie rencontre ou convergence. Il est ainsi chaque année à l’origine de nombreux mariages.

Le lendemain, ne vous laissez pas abattre par une bête gueule de bois, pas maintenant. Réattaquez au Puro car le deuxième jour, les danses cèdent la place aux combats. Oui, vous avez bien lu. Combat. Entre hommes bien sûr. Car Tinku signifie aussi “sens du combat”. Ainsi, des petits cercles se forment autour de deux hommes, bras tendus, poings fermés, parfois avec une pierre…

Ainsi, se nourrit Pachamama… Du sang de ces villageois, de ce nectar pourpre aux vertus de prospérité pour les terres et de fécondité dans les foyers. Présentant également le vice de la gourmandise, Pachamama se satisfera aussi des morts dont ces combats rituels d’une violence aussi extrême que rare auront eu raison.

Fortement ancrés dans les traditions boliviennes, les Tinkus sont vécus comme de véritables offrandes à la déesse qui les remerciera par d’abondantes récoltes. On ne pleure ni les blessés, ni les morts, que du contraire. D’un point de vue plus sociologique, ces rituels contribuent à réguler les tensions entre les différentes communautés. Une justice comme une autre…

Accrochez vos ceintures, nous partons aujourd’hui pour Cocullo, un petit village de 285 habitants perdu dans les terres reculées des Abruzzes, à environ 100 km à l’Est de Rome. Le spectacle en vaut le détour! Pour preuve, le village est envahi de milliers de pélerins, de touristes et de… serpents!

Car ce sont eux aujourd’hui les dieux de la fête que tous viennent vénérer. Capturés il y a deux mois environ dans les alentours du village, ces milliers de serpents ont pour rôle aujourd’hui d’accompagner les habitants de Cocullo qui défilent en costumes traditionnels parés de ces charmants reptiles à l’occasion de la procession de saint Dominique.

Saint Dominique, un moine bénédictin du 10ème siècle, natif de la région, que le clergé fit passer pour le protecteur contre les morsures de serpents. Mais, en vérité, cette tradition religieuse consistant à le vénérer, en portant sa statue couverte elle aussi de serpents à travers tout le village, tire ses racines dans un culte païen bien plus ancien, dédié jadis à Angitia, la déesse des serpents.

Mais peu importe car aujourd’hui, comme chaque premier jeudi du mois de mai, chacun y participe ou vient admirer le singulier spectacle et surtout prouver sa bravoure face à la nuée de serpents… pas du tout venimeux.

Même pas peur!